Chronique rédigée par Christian Sivière, Solutions Import Export Logistique MC, Montréal, Tous Droits Réservés mars 2013

Entré en vigueur le 1er avril 2013, l’ALECPA ouvre des perspectives très intéressantes pour les exportateurs québécois et canadiens.

Qu’est-ce que ça veut dire en pratique ?

À l'exception de quelques produits agricoles, l'ALÉCPA élimine les droits de douane sur toutes les importations, soit dès le 1er avril 2013, soit par une élimination progressive des tarifs. L'admissibilité au tarif préférentiel est déterminée conformément aux règles d'origine établies dans le Chapitre Trois de l'ALÉCPA. La justification de l'origine requise est le Certificat d'origine Canada-Panama (disponible en anglais, en français et en espagnol) rempli par l’exportateur et les importateurs doivent le produire au moment du dédouanement, pour réclamer le traitement tarifaire préférentiel. Ainsi les produits québécois remplissant les critères deviennent plus compétitifs, car ils entrent au Panama en franchise de droits de douane ou avec des droits réduits.

Historique de l’ALECPA

Signé le 14 Mai 2010 à Ottawa par le ministre du Commerce international canadien, Peter Van Loan, et le ministre du Commerce et de l’Industrie du Panama, Roberto Henríquez, cet Accord a été entériné relativement rapidement au Panama, mais a pris du temps coté canadien. Ainsi, après études, discussions et débats au Parlement, il a reçu la sanction royale le 14 décembre 2012 et entre en vigueur le 1er avril 2013, par le biais du Projet de loi C-24.

Le Panama en bref

Situé sur l’isthme connectant l’Amérique du Nord à l’Amérique du Sud, le Panama est un petit pays de 75 517 km2 (la superficie du Canada est de 9 984 670 km2 et celle du Québec de 1 542 056 km2) bordée par le Costa Rica au nord et la Colombie au sud. C’est un centre régional pour l’Amérique centrale et les Caraïbes ainsi qu’une porte d’entrée pour l’Amérique du Sud. La moitié de la population de 3,4 millions se situe dans le corridor Panama City-Colon. La capitale, Panama City (population ville : 813 097, communauté urbaine 1 206 792), située sur l’entrée pacifique du Canal de Panama, est une métropole moderne, dynamique, bien équipée et multiculturelle qui n’a rien à envier aux grandes villes nord-américaines et où il fait bon vivre (dans le top 5 des meilleures destinations pour la retraite d’après le magazine International Living). Le produit national brut (GDP) est de 40,840 milliards $US (11,788 $US par habitant) et sa devise, le Balboa, est au pair avec le $US, limitant ainsi les risques liés aux fluctuations des devises.

Un peu d’histoire

Le premier explorateur connu, Rodrigo de Bastidas, chercheur d’or Espagnol, y foula le sol en 1501. Un an plus tard, c’est Christophe Colomb y établit une colonie temporaire (dans la région de Darien). Le Panama fit partie de l’Empire Espagnol pendant 300 ans (de 1538 à 1821) et forma un seul pays avec le Colombie de 1821 à 1903. L’indépendance de la Colombie fut acquise avec l’aide des États-Unis, scellée par le traité Hay-Bunau Varilla du 18 Novembre 1903.

Un peu d’économie

L’économie du Panama est dominée par les activités du Canal, qui représentent environ 50 % des revenus du pays. Le canal de Panama, reliant l’Atlantique avec le Pacifique sur une longueur de 77 km fut un projet gigantesque, commencé par la France en 1880 (Ferdinand de Lesseps, constructeur du Canal de Suez), le projet fut repris par les États-Unis et inauguré le 15 aout 1914 par le passage du SS Ancon, un cargo américain. Le Canal est resté sous administration américaine jusqu’en 1977 (traité Torrijos-Carter), puis sous administration conjointe jusqu’au 31 décembre 1999, date à laquelle la souveraineté et l’administration du Canal revinrent entièrement au Panama. Chaque année, environ 15 000 navires en font la traversée (qui prend environ 10 heures). Les autres richesses économiques du pays sont le tourisme, la finance et la production agricole.

Les avantages du Panama

Le Panama offre d’énormes avantages pour les compagnies canadiennes : pays politiquement stable, ouverture à l’étranger et excellentes infrastructures (routes, eau, électricité, hôpitaux, universités, télécommunications, banques, etc.). La proximité de l’Amérique Centrale, des Caraïbes et de l’Amérique du Sud en font la plaque tournante régionale idéale. Une loi particulièrement avantageuse pour les entreprises étrangères (la Loi 41 promulguée en 2007) a attiré de nombreuses multinationales qui y ont leur siège social régional, comme Adidas, Alcatel-Lucent, Atlas-Copco, Bosch, Caterpillar, L’Oréal, LG, Michelin, Nestlé, Panasonic, Procter & Gamble, Puig, Sanofi-Aventis, Sony, Tetrapak, Total et Unilever, entres autres.

Les liaisons maritimes hors-pair coté Pacifique (port de Balboa) et coté Atlantique (ports de Colon et Manzanillo), la plupart des transporteurs maritimes desservent le Panama. À partir de l’aéroport international de Tecumeh, les liaisons aériennes régionales et internationales sont multiples. Le transporteur national, Copa Airlines, dessert d’ailleurs Toronto sur une base directe depuis quelques mois (trois vols/semaine) alors qu'Air Transat et Sunwing desservent Panama City également avec des vols directs de Montréal et Toronto, mais en saison seulement. Un autre attrait important du Panama, qui renforce la position du pays comme plaque tournante régionale, est la zone de libre-échange de Colon (Colon Free Trade Zone ou CFZ). La « CFZ », créée en 1948, est la deuxième plus importante au monde, après celle de Singapour. On y trouve plus de 1 700 entreprises, représentant plus de 65  milliards $US de chiffre d’affaires.

Les perspectives d’avenir

Les différents projets ne manquent pas : l’élargissement du canal, la construction du métro de Panama City, la construction d’un troisième pont en ville, l’agrandissement de l’aéroport international de Tocumeh, la construction du nouvel aéroport de Rio Hato, les projets hydroélectriques, routiers, immobiliers, touristiques et autres. Faire des affaires au Panama est d’autant plus attractif que le climat y est chaud à l’année longue et le pays se situe loin de la zone des ouragans. Le tourisme y est bien développé, mais pas encore omniprésent, la gamme offerte étant très diversifiée : hôtels de luxe avec casinos en ville, hôtels tout-inclus sur la côte pacifique, écotourisme à San Blas, Bocas del Toro, etc.

La présence canadienne

La présence canadienne au Panama est modeste pour l’instant. Ses phares en sont la Banque Scotia et la compagnie minière Inmet qui détient les droits d’exploitation du projet Cobre Panama. Reconnaissant l’importance du Panama, EDC y a ouvert un bureau il y a plusieurs mois. À votre disposition au Panama, le Canada y tient une ambassade (Torres de las Americas, Tower A, Piso 11, Panama City).

Sources : Statistique Canada, Ministerio de Comercio y Industrias