Pourquoi le Brésil?

 

Par Alfredo Moreira, avocat et président du chapitre québécois de la Chambre de Commerce Brésil-Canada

L’arrivée récente du géant d’Amérique du Sud aux premières loges de la scène économique mondiale a étonné bien des observateurs étrangers. Même si son inclusion dans le groupe des pays émergents les plus prometteurs (BRICA : Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ne date pas d’aujourd’hui et que l’immensité de ses ressources humaines et naturelles fut connue de tous, le Brésil demeurait, pour la plupart des observateurs, limité par ses propres freins structurels au développement.

Alors, que s’est-il passé de nouveau dans ce pays autrefois affligé par des fluctuations économiques et politiques en dents de scie, pour que tous les feux de l’actualité soient désormais braqués sur lui? Il y a essentiellement deux raisons : d’abord, un remarquable processus de consolidation de ses institutions politiques et ensuite, un énorme bouleversement socioéconomique interne aidé par une conjoncture mondiale favorable à son économie.

Une évolution pacifique et démocratique

C’est à partir de la fin des années 1980 que le Brésil élimina un à un tous les stigmates des régimes de force antérieurs et évolua, de manière pacifique et démocratique vers un modèle de société bénéficiant d’un large appui dans toutes les couches de la population (en particulier lors des mandats du président Ignacio Lula da Silva de 2003 à 2010). Une authentique nouveauté en Amérique latine, mais également un préalable incontournable pour un pays qui aspire toujours, de son propre aveu, à devenir la cinquième puissance économique mondiale au cours des dix prochaines années (actuellement 7e).

Cependant, ce qui fait l’originalité de cette évolution dans ce pays peuplé de 200 millions d’habitants (5e rang au monde par sa population et sa superficie), c’est que celui-ci créa lui-même, et de l’intérieur, la recette économique qui devait accompagner sa propre évolution institutionnelle. Et alors que celle-ci pouvait se résumer en des termes strictement éthiques comme une lutte de longue haleine contre la faim et l’exclusion à l’intérieur de la société brésilienne, ses conséquences, elles, allèrent bien au-delà de la devise partisane.

En effet, en cas de réussite, ce postulat politique de base ne pouvait qu’être accompagné d’un corolaire économique. Et ce fut, dans un pays à faible revenu par habitant comme le Brésil (10,816 US $ en 2010) le formidable moteur économique allumé par l’entrée en force (en moins de 10 ans) de 30 millions de Brésiliens dans le circuit de consommation.

Les chiffres sont plus qu’éloquents à ce sujet : cette dernière migration sociale, qui a fait grossir la fameuse Classe « C » aux alentours de 90 millions de personnes (laquelle représente à l’heure actuelle près de 50 % des revenus versés dans le pays), alimente désormais une croissance de la consommation et du crédit internes à des taux de croissance annuelle de 20 %, aussi encourageants que difficiles à maitriser. En particulier en termes d’inflation.

Certes, une telle avancée aurait été impossible en dehors d’un contexte économique mondial et régional favorable au pays. Et en particulier à ses exportations traditionnelles.

Mais, ce constat, qui ne diminue en rien ni le chemin parcouru, ni le chemin à parcourir par cet immense pays, suggère déjà une prometteuse réponse à notre question du départ. Voilà, pourquoi le Brésil!